COVID-19 : quand la société civile comble les failles du gouvernement en Inde

A lire sur le média indépendant LaMeute.info – Réalisé avec le journaliste Sidhu Yadav en avril 2020.

Sans toit, sans argent, sans nourriture, et faisant face à la brutalité policière, les invisibilisé•es de l’Inde sont soutenu•es par les associations sociales, ne pouvant compter sur rien d’autre depuis le confinement promulgué le 24 mars dernier, avec un préavis de seulement quatre heures…Focus sur la situation à Delhi, capitale du pays.

« Quand le lockdown (confinement) s’est mis en place, le gouvernement [indien] s’est sûrement dit que c’était seulement pour 21 jours [1] et que les gens vivant dehors, sans domicile, n’importaient pas. »

Sur ces paroles, Sunil Kumar Aledia, bénévole militant pour les droits des sans-abris, demande à son collègue de se garer près du refuge pour sans-abris dont il s’occupe, sur les berges de la rivière Yamuna dans le nord de New Delhi. Un masque blanc sous un menton un peu barbu, calotte bleue sur la tête grisonnante, il ajoute à sa panoplie une paire de gants jaunes en caoutchouc. Au moment où il s’extirpe de la voiture, la lumière de fin de journée éclaire le sourire qu’il adresse aux volontaires présent•es sur le site. La fatigue n’a pas terni sa motivation.

Travailleur social depuis deux décennies, Sunil fait partie de l’association ‘Centre for Holistic Development’ (le CHD ou le Centre pour Développement Holistique) [2] depuis sa création en 2011, qui a pour but d’améliorer les conditions de vie et de défendre les droits des sans-abris, dans les états de Delhi et de l’Uttar Pradesh -état voisin de la capitale, marqué par sa pauvreté et sa population (c’est le plus peuplé de l’Inde), dirigé par l’extrémiste hindou Yogi Adityanath. Depuis le confinement total imposé en Inde le 24 mars au soir par le gouvernement central pour contrer la propagation du COVID-19, l’association a redoublé d’efforts pour tenter d’aider les plus démuni•es et leur fournir l’accès aux besoins les plus primaires – de la nourriture, un toit, un environnement plus hygiénique, etc.

« Tous les besoins primaires reniés. Et avec ça, leur dignité aussi. »

Depuis l’annonce du confinement total du pays par son Premier Ministre, Narendra Modi, ce sont 1,3 milliards de personnes qui ont vu leur vie changer brutalement ; car, seulement quelques heures après l’annonce, les transports publics – trains, métropolitains, bus – se sont arrêtés ; les restaurants et boutiques, exceptés les magasins alimentaires, pharmacies et autres fournisseurs de services essentiels, ont baissé leurs volets ; et les frontières des états, puis des grandes villes, se sont fermées.

Toute l’économie souterraine, ce secteur informel -qui correspondrait à 93% de la force de travail globale de la population indienne [3], où se retrouvent pêle-mêle les conducteurs de rickshaws, les manutentionnaires, les éboueurs, les vendeurs de rue, les ouvriers, les travailleurs domestiques, agricoles, industriels, etc.- s’est complètement figé. Et des centaines de milliers de personnes, travailleurs migrants, sans contrat, familles sans abris, se sont retrouvé•es à l’abandon.

« L’impact de ce confinement pour ces populations a été énorme » explique Sunil, « plus de travail journalier, plus d’argent, donc plus de nourriture, plus d’eau potable, plus de toilettes… Tous les besoins primaires reniés. Et avec ça, leur dignité aussi. »

Le confinement annoncé par le Premier Ministre Narendra Modi a été perçu comme arbitraire, décidé sans concertation avec les Etats, trop rapide pour prévoir des aides pour les populations et organiser l’arrêt brutal des activités. Les nombreuses critiques du plan gouvernemental d’aides socio-économiques surlignent le flou de ses mesures quand elles ne s’attardent pas sur les populations dans le besoin, oubliées; parmi elleux s’y trouvent près d’1,8 million de sans-abris (des chiffres datant du dernier recensement, il y a près de 10 ans). Des personnes qui, bien qu’invisibilisées dans la société, ne sont pas méconnues du gouvernement.Sunil raconte:

« depuis les débuts de CHD, nous travaillons avec les autorités gouvernementales pour donner plus de droits aux sans-abris et améliorer leurs conditions de vie. On essaye de les amener depuis les rues vers des centres et refuges, puis si possible des centres vers des logements individuels. On fournit nourriture, eau et autres services essentiels. On s’occupe de leurs droits citoyens, en les enregistrant pour des cartes de votes par exemple, leurs droits à la santé, à la justice, etc. »

Les premières distributions de nourriture organisées par les autorités ont mis plusieurs jours à s’effectuer. Entre-temps, des centaines de milliers de familles et travailleurs migrants ont décidé de rentrer, à pied, dans leurs villages natals, dans le Bihar, l’Uttar Pradesh, le Rajasthan, l’Haryana, etc., situés à des centaines de kilomètres des grandes villes où ils travaillaient. Mais les plus démuni•es et isolé•es n’ont pu quitter la capitale et restent dépendant•es de la générosité des citoyens et des moyens des associations. Pour ces populations, la peur de la faim reste bien plus prégnante que la peur du coronavirus, bien qu’elles soient aussi les plus exposées.

Arrivé au premier refuge, Sunil discute avec les volontaires sur place : durant la première semaine du confinement, près de 10 000 sans-abris s’y trouvaient, bien que le refuge n’avait la capacité d’accueillir qu’une petite centaine. Tous les autres dormaient dehors. Quelques jours plus tard, ce refuge est parti en fumée quand un conflit a émergé entre des travailleurs municipaux et des résident.e.s du refuge. Depuis, l’association CHD, en accord avec les autorités municipales, a décidé de transférer les sans-abris dans une école fermée alors transformée en nouveau lieu de refuge.

Les derniers sans-abris -tous des hommes-, encadrés par des policiers, font la queue pour une dernière distribution de nourriture avant de monter dans des bus en direction du nouveau centre. Les hommes s’accroupissent pour manger leur ration, au milieu des vaches des rues cherchant à grappiller les restes. Il est évident qu’il est impossible d’imposer de la distanciation sociale. Il y a à peine de quoi s’asseoir. Depuis le début du confinement, l’équipe de Sunil a pris en charge environ 80 personnes ayant présenté des symptômes du virus, en faisant appel aux hôpitaux pour affréter des ambulances. Aucun n’a été confirmé comme cas COVID-19.

A la fin de la distribution, Sunil, venu en observateur pour s’assurer que le dernier transfert se fasse dans des conditions sereines, reprend la voiture pour se rendre dans un autre refuge au sud de la capitale. Il va y assurer la distribution du dîner.

Les boucs émissaires du gouvernement en pleine crise sanitaire: les Musulman.es

La nuit laisse tomber sa chape sombre quand Sunil et son collègue parviennent à Nizamuddin, un quartier du sud de la ville où une majorité de la population résidente est musulmane. L’ensemble de la zone est encerclée de barrages de police, et son accès très restreint. Quelques semaines plus tôt, plusieurs cas d’infection COVID-19 y ont été découverts. Rapidement, un bouc émissaire a été désigné par les partis extrémistes hindous : un événement religieux organisé par l’association musulman Tablighi Jamaat à la mosquée Markaz de Nizamuddin. Toute la population quartier est alors mise sous scellé, et par extension toutes les communautés musulmanes du pays, sont stigmatisées.

Sunil et son collègue déchargent quelques sacs de provisions qu’un résident d’un quartier voisin, Sarai Kale Khan, doit récupérer, avant qu’ils ne se rendent au refuge. « Nous fournissons de la nourriture à cuisiner pour 2000 familles dans le besoin », précise le travailleur social. Enfin, la personne chargée de récupérer les vivres arrive accompagnée d’un autre résident. Son bras droit est enveloppé dans une serviette. Sous la serviette, la peau apparaît gonflée et rouge. C’est une contusion causée par un lathi, un bâton généralement fait de bambou, utilisé par les policiers comme une matraque. Quelques minutes plus tôt, alors qu’il traversait un arrêt de bus, il s’est fait arrêter par des policiers. Sans aucune injonction, ils le frappent indifférents envers ses supplications et explications. Avec son bras blessé, il ne sait pas quoi faire ; les urgences, sur-occupées, ne répondent pas aux appels. « Que puis-je faire ? Je suis pauvre, je n’ai plus d’argent. En 20 jours tout est parti dans la nourriture », explique-t-il. Il s’appelle Mohammed Tarique, il a 27 ans. Originaire du Bihar, il travaille à Delhi depuis plusieurs années comme ouvrier du textile : « J’aimerais rentrer chez moi, mais le gouvernement a étendu le confinement. » Après quelques tentatives d’appels aux urgences sans succès, Mohammed finit par repartir sans plus de solution (voir la vidéo ci-dessous).

Quand les citoyen.nes comblent l’absence du gouvernement

Alors que la nuit, devenue bien noire, allonge les ombres, Sunil et son collègue finissent par rentrer dans le refuge, entouré d’une enceinte et d’un portail sous la surveillance d’un gardien. Des familles ont allumé plusieurs feux dans la cour, pour que les femmes y cuisinent ou fassent cuire des pains plats, les chapatis ; les enfants jouent sur les balançoires et se pourchassent en criant ; les hommes se regroupent pour discuter. Les lumières des trois bâtiments éclairés, où les familles sans-abris installent des matelas pour se reposer, baignent la cour d’une lumière éparse. Derrière le troisième bâtiment, des cabanes abritent des sanitaires. Et non loin, un espace en plein-air est réservé aux cuisinier•es volontaires qui préparent les repas du soir.

Le refuge comptait habituellement une petite centaine de sans-abris ; depuis le confinement, il en abrite plus de 300,  « des familles, femmes, enfants, hommes, tous mélangés entre populations Hindoues et Musulmanes, n’ayant pas de toit et de moyens de survivre ». Les repas ici sont distribués deux fois par jour. Ce sont des résident•es qui cuisinent et ils préparent de la nourriture pour deux autres refuges du quartier de Nizamuddin également.

Avec son équipe de 24 bénévoles qui œuvrent pour le CHD, Sunil effectue au total deux fois dans la journée des « distributions de nourriture pour 15 000 sans-abris par jour, dont 7 000 rations sèches – nourriture de base que les personnes préparent elles-mêmes – et 8 000 repas cuisinés. »

La distribution commence dans la cour, supervisée par quelques policiers. L’ambiance un peu confortable, que les bénévoles de l’association tentent probablement d’instaurer, s’évapore à la vue des uniformes : c’est l’organisation martiale qui prédomine, et on devine que pour beaucoup de ces familles sans ressources, reléguées dans les refuges pour sans-abris et démunis, le confinement tient plus d’un enfermement presque carcéral, par défaut, que d’une pause forcée.

Les premières personnes s’assoient sur le sol dans l’allée, en face de l’espace cuisine, en laissant parfois environ un mètre entre elles. Cela évite d’attendre debout, en file, car comme le glissait Sunil un peu plus tôt, « devoir faire la queue comme ça chaque jour pour avoir le droit de manger, ça affecte la dignité ». Alors ici ce sont des résident•es et bénévoles qui servent les autres en passant entre les rangs.

« Je me suis porté volontaire pour faire la cuisine et le service. Avant le confinement, j’étais déjà cuisinier, pour les mariages et les événements. Donc je me suis proposé pour cuisiner pour ce refuge, plus de 300 repas, puis pour 2 autres refuges, donc environ 500 repas à chaque fois au total. », nous explique Raju, un des résidents du refuge qui est cuisinier volontaire. « On est toute une équipe à travailler. Et comme j’ai eu une infection à la jambe récemment, j’ai encore un peu mal, et j’ai besoin d’aide. »

Les hommes en charge de la distribution s’emparent des récipients en étain contenant du riz et des légumes en sauce. Ils distribuent un par un le repas, remplissant les assiettes tendues, tandis que d’autres résident•es s’installent en bout de file et font grossir les rangs. Le repas est vite avalé, et quand une place se libère, quelqu’un l’occupe immédiatement. Des femmes avec de jeunes enfants s’assoient vers la fin de la queue, tandis que qu’un policier patrouille entre les assiettes.

Le dîner touche à sa fin, et après la distribution effectuée, Sunil se sert une portion du repas qu’il mange debout près des grosses marmites maintenant bien désemplies. Il mange comme il travaille, avec rapidité, énergie et précision. Comme si le temps, compté, filait avec le vent, comme si en nourrissant les autres, on se nourrissait aussi soi-même, et par là on nourrissait le monde ; et comme si ces gestes répétés chaque jour pour s’alimenter, s’abriter, se soigner étaient, certes les plus basiques, mais les plus nécessaires à préserver la dignité humaine. Une dignité oubliée ou ignorée par les autorités, que des citoyen•nes s’efforcent de défendre en comblant les manques.

COVID-19 : when the civil society makes up for the flaws in the Indian government

To read in french on the independent media LaMeute.info – Reportage made with the journalist Sidhu Yadav in Avril 2020.

Original version of the article is in french. This is just a translation in english for this website.

Without any shelter, money, or food, and facing police brutality, the invisible people of India are supported by charities as they are unable to count on anything else since the lockdown imposed on March 24 with only four hours of previous notice… Focus on the situation in Delhi, the country’s capital.

“When the lockdown was imposed, the [Indian] government probably figured it were only for 21 days [1] and people living outside, homeless, didn’t matter.”

That being said, Sunil Kumar Aledia, a volunteer activist for the rights of the homeless, asks his colleague to park near the homeless shelter on the banks of the Yamuna river in the north of New Delhi. A white mask under a slightly bearded chin, blue cap on his graying head, he adds a pair of yellow rubber gloves to his outfit. As he gets out of the car, the end-of-day light illuminates the smile he sends to the volunteers present on the site. Fatigue didn’t dampen his motivation.

Working as a social worker for two decades, Sunil has been part of the society ‘Center for Holistic Development’ (CHD) [2] since its creation in 2011, which aims to improve the living conditions and to defend the rights of the homeless, in the states of Delhi and Uttar Pradesh – neighboring state of the capital, marked by its poverty and its population (it is the most populous state in India), led by the Hindu extremist Yogi Adityanath. Since the total lockdown imposed in India on the evening of March 24 by the central government to counter the spread of the Covid-19, the charity has increased its efforts to try to help the most deprived people and provide them with access to most basic needs – food, shelter, a more hygienic environment, etc.

“All primary needs denied. And with that, their dignity too.”

Since the announcement of the total lockdown of the country by its Prime Minister, Narendra Modi, 1.3 billion people have seen their lives change abruptly; because, only a few hours after the announcement, public transport – trains, metro, buses – stopped; restaurants and boutiques, with the exception of food stores, pharmacies and other essential service providers, have lowered their shutters; and the borders of the states, then of the big cities, were closed.

The whole underground economy, this informal sector – which would correspond to 93% of the total workforce of the Indian population [3], where rickshaw drivers, handlers, garbage collectors, street vendors, domestic, agricultural and industrial workers – has completely frozen. And hundreds of thousands of people, migrant workers, without contracts, homeless families, have found themselves abandoned.

“The impact of that lockdown for those populations has been enormous,” explains Sunil, “no more daily work, money, therefore no more food, drinking water, toilets… All basic needs are denied. And with that, their dignity too.”

The lockdown announced by Prime Minister Narendra Modi was perceived as arbitrary, decided without consultation with the states, too fast to provide aid for the populations and to organize the abrupt stopping of activities. Many criticisms of the government plan for socio-economic aid highlight the vagueness of its measures when they do not focus on needy, forgotten populations; among them there are nearly 1.8 million homeless (figures from the last census, almost 10 years ago). People who, although invisible within the society, are well-known by the government. Sunil says:

“Since the beginning of the CHD, we [social workers and volunteers] have worked with the governmental authorities to give more rights to the homeless and improve their living conditions. We try to bring them from the streets to centres and shelters, then if possible from centres to individual housing. Food, water and other essential services are provided. We take care of their citizens’ rights, by recording them for voting cards for example, as well as their rights to health, justice, etc.”

The first food distributions organized by the authorities took several days to complete. In the meantime, hundreds of thousands of families and migrant workers have decided to return, on foot, to their hometowns, in Bihar, Uttar Pradesh, Rajasthan, Haryana, etc., located hundreds of kilometers from the big cities where they were working. But the most deprived and isolated people have not been able to leave the capital and remain dependent on the generosity of citizens and the resources of charities. For those populations, the fear of hunger remains much more significant than the fear of the coronavirus, although they are the most exposed to the pandemic.

As he reaches the first shelter, Sunil talks to the volunteers there: during the first week of lockdown, nearly 10,000 homeless were there, although the shelter only had the capacity to accommodate a few hundred. Everyone else was sleeping outside. A few days later, this shelter went up in smoke when a conflict arose between municipal workers and residents of the shelter. Since then, the CHD, in agreement with the municipal authorities, has decided to transfer the homeless to a closed school then transformed into a new place of refuge.

The last homeless – all men -, supervised by police officers, line up for a final distribution of food before boarding buses to the new shelter. The men crouch down to eat their rations, among the cows in the streets trying to scavenge the remains. It is obvious that it is impossible to impose social distancing. There is hardly anything to sit on. Since the lockdown began, Sunil’s team has cared for around 80 people with symptoms of the virus, calling up hospitals to charter ambulances. None has been confirmed positive for the Covid-19.

At the end of the food distribution, Sunil, who had come as an observer to make sure that the last transfer was carried out in serene conditions, takes the car back to another shelter south of the capital. He will ensure the distribution of the dinner there.

The government’s scapegoats in the midst of a health crisis: the Muslims

The night drops its dark cover when Sunil and his colleague arrive in Nizamuddin, a district in the south of the city where a majority of the resident population is Muslim. The whole area is surrounded by police checkpoints and access is very restricted. A few weeks earlier, several cases of Covid-19 were discovered there. Soon, a scapegoat was appointed by extremist Hindu parties: a religious event organized by the Muslim society ‘Tablighi Jamaat’ at the Markaz Mosque in Nizamuddin. The entire neighborhood population is then put under seal, and by extension all the Muslim community in the country is stigmatized.

Sunil and his colleague unload a few bags of groceries that a resident of a nearby neighborhood, Sarai Kale Khan, must collect before they go to the shelter. “We are providing food to cook for 2,000 families in need,” says the social worker. Finally, the person responsible for collecting the food arrives accompanied by another resident. His right arm is wrapped in a towel. Under the towel, the skin appears swollen and red. It is a contusion caused by a lathi, a stick usually made of bamboo used by the police as a baton to beat people. A few minutes earlier, as he was walking along a bus stop, he was stopped by police personnel. Without any injunction, they beat him, indifferent to his pleas and explanations. Holding his injured arm, he doesn’t know what to do; overbusy emergencies do not answer calls. “What can I do ? I am poor, I have no more money. In 20 days everything was gone in the food,” he explains. His name is Mohammed Tarique, he is 27 years old. Coming from Bihar, he has worked in Delhi for several years as a textile worker: “I would like to go home, but the government has extended the lockdown.” After a few unsuccessful attempts to call the emergency room, Mohammed finally left without a solution (see video below).

When citizens does the job of the government

As the dark night spreads shadows, Sunil and his colleague end up entering the refuge, surrounded by an enclosure and a gate under the surveillance of a guard. Families have lit several fires in the courtyard, so that the women can cook or bake flat breads, the chapatis; children play on swings and chase each other screaming; the men gather to discuss. Lights from the three illuminated buildings, where homeless families put up mattresses for rest, bathe the yard in scattered light. Behind the third building, some cabins house sanitary facilities. And not far away, an outdoor space is reserved for the volunteer cooks who prepare the evening meals.

The shelter usually had a few hundred homeless people; since the lockdown, it has sheltered more than 300, “families, women, children, men, all mixed between Hindu and Muslim populations, having no home and no means to survive”. Meals here are distributed twice a day. There are residents who cook and prepare food for two other shelters in the Nizamuddin district as well.

With his team of 24 volunteers who work for the CHD, Sunil carries out twice a day “food distributions for 15,000 homeless people per day, including 7,000 dry rations – basic food that people prepare themselves” same – and 8,000 cooked meals.”

The distribution begins in the courtyard, supervised by a few police officers. The somewhat comfortable atmosphere, which the volunteers of the association are probably trying to establish, evaporates at the sight of the uniforms: it is the martial organization that predominates, and we guess that for many of these families without resources, relegated to shelters for the homeless and destitute people, the lockdown feels more like living in a prison by default, than forcing themselves to a forced break.

A few early birds sit on the floor in the aisle opposite the kitchen area, sometimes leaving about a few meters between them. This avoids waiting standing in line, because as Sunil put it a little earlier, “having to queue like that every day to have the right to eat, it affects dignity”. So, here, residents and volunteers serve others by passing between the ranks.

“I volunteered to do the cooking and serving. Before lockdown, I was already a cook, for weddings and events. So I volunteered to cook for that shelter, I cook more than 300 meals here, and then for 2 other shelters, so about 500 meals each time in total.”, explains Raju, one of the residents of the shelter who is a volunteer cook. “We are a whole team to work. And since I had an infection in my leg recently, it still hurts a bit, and I need help.”

The men in charge of the food distribution seize the tin containers filled with rice and vegetables in sauce. They distribute the meal one by one, filling the outstretched plates, while other residents sit at the end of the line and swell the rows. The meal is quickly swallowed, and when a seat becomes available, someone takes it immediately. Women with young children sit near the end of the line, while a policeman patrols between the plates.

The dinner is drawing to a close, and after the distribution is complete, Sunil helps himself to a portion of the meal, which he eats standing near the large, now empty, pots. He eats as he works, with speed, energy and precision. As if time, counted, flew with the wind, as if by feeding others, we also nourished ourselves, and thereby we nourished the world; and as if these gestures, repeated every day to eat, shelter and heal oneself, were certainly the most basic, but the most necessary ones to preserve human dignity. A dignity forgotten or ignored by the authorities, which citizens strive to defend by filling in the gaps.

(Du haut vers le bas, de la gauche vers la droite / From top left)
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