Free School Under The Bridge, l’école des bidonvilles pour toutes et tous

C’est un après-midi ensoleillé, plutôt chaud, sans l’être trop. Sous le pont du métro, la brise s’engouffre et rafraîchit l’atmosphère, chassant la poussière soulevée par les voitures fonçant sur la grande route. A leurs klaxons s’ajoutent les grondements sourds du métro qui file au-dessus des têtes à intervalles réguliers. Son cri de bête furieuse semble faire trembler les pylônes de béton.

Entre ces pylônes, le sol recouvert de tapis de couleur accueille les premiers cartables. Quelques chaises éparpillées ; des caisses de métal cadenassés ; et ces tableaux noirs griffonnés à la craie ; c’est ce que l’on aperçoit rapidement après avoir parcouru des yeux les lettres soigneusement tracées à la peinture mentionnant « Free School Under The Bridge » (l’école gratuite sous le pont).

Un professeur finit de ranger les restes de son repas du midi quand une autre, entourée de plusieurs têtes brunes, explique aux enthousiastes de la première heure un exercice rédigé dans un cahier. Et au loin, des éclats de voix rebondissent jusqu’aux colonnes de béton ; des rires et des cris d’enfants. Rapidement, les tapis sont recouverts de cartables en carton jaune et de sacs en toile divers alors que les élèves s’installent un.e par un.e, en rangs devant chaque tableau noir.

L’après-midi, entre 14h et 16h30, est le créneau réservé pour les filles de tout âge, et pour les jeunes enfants (surtout des filles avec quelques garçons âgé.e.s de moins de 6 ans). Le matin de 9h à 11h30, les garçons, plus grands, étaient à leur place, eux aussi, pour plusieurs heures. Après s’être déchaussées à l’extérieur de la zone recouverte de tapis, les élèves, assises sur leurs genoux ou en tailleur, déposent leurs affaires près d’elles. Certaines entament de discrètes conversations ou s’échangent des feuilles et fournitures scolaires, d’autres s’amusent et éclatent de rire, une plus jeune distribue quelques bonbons, les plus petit.e.s, plus silencieux.ses, attendent sagement que les professeur.e.s commencent le cours. L’air s’emplit de leurs voix et les rumeurs du métro et des voitures ne sont plus qu’un lointain écho.

Discrètement installée sous le pont du métro entre la station de la Yamuna Bank et la rivière du même nom, cette école a été créée à l’initiative de Rajesh Kumar Sharma en 2006. A l’origine, comme il le raconte avec un sourire, c’était seulement lui qui enseignait à « deux enfants au pied d’un arbre » dans le voisinage de Laxmi Nagar, à l’est de la rivière Yamuna traversant la capitale de New Delhi. Et puis l’idée a germé en véritable projet. Aucune des familles vivant dans les bidonvilles du coin n’avait les moyens d’amener leurs enfants dans les écoles publiques, et encore moins privées, institutionalisées. Alors pourquoi ne pas faire venir l’école à ces enfants, gratuitement, sur les berges de la rivière ?
« En quelques années, le nombre d’élèves à la Free School Under The Bridge a augmenté, » me raconte le fondateur Rajesh Kumar Sharma. « Et à partir de 2010 des professeur.e.s bénévoles m’ont rejoint dont Laxmi Chandra par exemple. Aujourd’hui, nous comptons 330 enfants dont 170 filles, et 6 professeur.e.s bénévoles. Nous enseignons du plus jeune âge, de 2 ans, jusqu’à 16-17 ans. »

Et avec la venue croissante d’élèves, les donations se font aussi faites plus nombreuses. Car l’école, comme le rappelle Laxmi Chandra, n’obtient aucune aide gouvernementale. Elle est dépendante des dons du public : fournitures scolaires, mobilier, matériel, uniformes, nourriture, proviennent toutes et tous de l’aide apportée par des volontaires souhaitant soutenir le projet de l’école. Aucun frais n’est donc demandé aux élèves, et les professeur.e.s ne sont pas rémunéré.e.s.

Lorsque les cours commencent, chaque élève s’assoit avec son groupe référent. Aujourd’hui, Rajesh Kumar Sharma s’occupe notamment des filles des classes 6 et 7 (respectivement pour les enfants de 11 et de 12 ans). Au programme en ce jour, le hindi. Les élèves se penchent sur leur cahier pour rédiger un brouillon, leurs cheveux frôlant les pages blanches et les pointes des crayons occupés à gratter le papier. Puis, elles montrent leur texte au professeur assis sur une chaise leur faisant face.

Mais le hindi n’est qu’une matière parmi d’autres enseignées à l’école. Quand on leur demande ce qu’elles préfèrent, les filles des classes 6 et 7 répondent presqu’en chœur : « les maths ! » Et elles hochent vivement du chef pour affirmer qu’elles apprécient vraiment venir à cette école tous les jours de la semaine. « Parce qu’on apprend ». Les maths, l’anglais, le hindi, le sanskrit, la philosophie, l’histoire… Voilà entre autres ce qu’elles étudient ici, entre les colonnes supportant les rails du métro aérien.

Un peu plus à l’écart, installées sur des chaises à pupitre, les filles plus âgées, entre 15 et 17 ans, révisent silencieusement leurs livres d’anglais. Contrairement aux plus jeunes, elles ne portent pas d’uniformes. Elles chuchotent entre elles de temps en temps. A la fin du cours, elles rassemblent leurs affaires, arrangent les pupitres, récupèrent le goûter distribué. Leur sac jeté sur l’épaule, elles dépassent les pylônes et s’engagent dans le chemin ensoleillé menant vers la voie rapide. De la main, elles font un dernier signe comme pour clore la journée : « Good bye Didi (sœur)».

Free School Under The Bridge, the slum school for everyone

It is a sunny afternoon, rather warm, but not too much. Under the bridge of the metro, the breeze rushes and cools the temperature down, chasing the dust that rises behind the cars speeding on the road. Among their horns, the trains dashing above the heads let their strong rumble come and go. Their furious animal screams seem to make all the concrete pillars shake.

Between the pillars, the ground is covered with colourful carpets and the first school bags. Some scattered chairs; a few big locked metal boxes; and those blackboards scribbled with chalk; one can observe all those things quickly after reading the painted letters on the facing wall introducing the “Free School Under The Bridge”.

A teacher wraps up the leftovers of his lunch when another one, surrounded by little dark-haired heads, explain a few exercises in a notebook to the first enthusiactic students. In the distance outbursts of voices echo against the concrete pillars : laughs and screams from kids. All sorts of school bags, yellow cardboard-made or diverse fabric-made, are scattered across all the carpets while the students sit down one by one, lined up in rows in front of each blackboard.

Girls of all ages and little children, girls and boys under 6 years old, come to the school in the afternoon from 2pm to 4:30pm. The elder boys came here in the morning between 9am and 11:30am. After removing their shoes just outside the carpet zone, the pupils, kneeling down or sitting cross-legged, leave their belongings next to them. A few start discreet conversations or share paper sheets and diverse school stationery, others play and burst into laughter, a young one distributes some candies, the little kids, more quiet, patiently wait for the teachers to start the lesson. The air is filled with their voices and soon the rumbles of the metro and cars become a distant murmur.

Discreetly set up under the bridge of the metro between the Yamuna Bank station and the eponymous river, the school was initially founded by Rajesh Kumar Sharma in 2006. At the beginning, as he likes to tell with a smile, he was the only one to teach “two children at the foot of a tree” in Laxmi Nagar neighbourhood, on the east side of Yamuna river which crosses the capital of New Delhi. Then, he turned his simple idea into a proper educational project. None of the families living in the local slums could financially support their offspring to go to public schools, yet free, and even less to private schools. They could not cover any costs from clothes, stationery, course material and books. So why not making the school itself come to them, for free, on the banks of the river ?
« Within a few years, the number of students coming to the Free School Under The Bridge has steadily increased, » tells the founder, Rajesh Kumar Sharma. « ANd from 2010 other teachers and volunteers join me such as Laxmi Chandra for example. Today there are around 330 children including 170 girls, and 6 voluntary teachers as well. We teach to students from early age, like 2 years old, until 16-17. »

While more students come to the school, more donations also come the same way. Because the school, as Laxmi Chandra likes to recall, does not receive any governmental supply or help. It is entirely dependent upon public donations : stationery, furniture, course material, uniforms, even food, are all provided by volunteers and people supporting the project. Therefore, the school is completely free of charge, and the teachers themselves are not paid.

When the lessons start, each pupil sit with her or his group of same/close level. Today, Rajesh Kumar Sharma deal with the girls from Class 6 and 7 -respectively for kids of 11 and 12 years old, and the programme includes hindi. So, students lean towards their notebooks to write a drafts, as their strands of hair brush the white sheets and the tips of the pencils are busy scrubing the paper. Then, they go showing their work to the teacher sitting nearby on a chair.

But hindi is only one subject among others taught at the school. When they are being asked about their favourite one, the girls in the Class 6 and 7 answer almost in unison: « Maths ! » And they swiftly nod their heads to make it clear that they like going to that school every day of the week. « Because we learn ». Maths, english, hindi, sanskrit, philosophy, history… Here are some of the others subjects they can study here, between those pillars holding the elevated train.

Sitting apart on chair desks, the eldest girls, from 15 to 17 years old, study silently with their english books. Unlike the youngest, they do not wear school uniforms. They sometimes whisper to eachother, to talk about the lesson… or probably about something else that does not have anything to do with it. At the end of the lesson, they pick their belongings up, set the desks in order, and take the snack distributed by the teachers. Their bags over their shoulders, they walk past the pillars and step into the sunny path that leads to the fast road. They wave with their hands, as a gesture to end that school day : « Good bye Didi (sister)».

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